Cette année, le Salon du Livre a démontré une fois encore que l'ère du numérique et du "tout-écran" n'a toujours pas eu raison du bon vieux papier.
De l'enthousiasme urbain, des ruées vers les mots, des bousculades au champagne et des mains pleines de petits fours, la soirée d'ouverture a fait sensation parmi les alcooliques du livre. En quelques minutes, le tour est fait. Au détour d'une allée, un écrivain qui tient son oeuvre et invente un discours devant les impatients de la pensée. Les micros tendus tremblotent, les journalistes chuchotent, une petite grand-mère sanglote. Plus loin, les Pléiade s'arrachent; dans cette danse de la vente, tombent au sol les miettes de pain, les plans déchirés du Salon, les papiers des poches qui se vident. Philosophie Magazine ne manque pas au rendez-vous. Des singes allongés, des pères qui tuent leur fils, des sourires aux lèvres jaunes; toutes les couvertures du mensuel décorent les murs du stand. Un beau défi lancé à la philosophie; un pari sur la pensée.
Mais le plus beau symbole de ce Salon est sans doute la nouvelle alliance des maisons d'éditions religieuses. Regroupées au sein d'un espace gigantesque, elles font goûter aux passants étonnés, quelques bouchées de spiritualité. Parmi elles, Salvator, dont la magnifique collection "controverses" met en scène des laïcs et des mystiques, des penseurs et des censeurs, ainsi que des religieux de toute racine: des destins qui se rencontrent, des raisons qui se confrontent.
Et le métro de la capitale a remporté dans le vacarme assourdissant des fenêtres ouvertes ces liseurs de conscience.